Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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paralysie psychique du regard l.f.

gaze paralysis, Bálint’s syndrome

R. Bálint, neuropsychiatre hongrois (1909)

Syn. syndrome d'errance du regard, apraxie oculomotrice

Bálint (syndrome de)

[H1]

Édit. 2018

pathologie psychique carcérale l.f.

prison mental pathology

Affections liées au séjour en prison, tous les auteurs ne s'accordant pas pour leur accorder une spécificité réelle, d'autant que les conditions mêmes de l'enfermement peuvent avoir un rôle dominant (prisonnier de droit commun, politique, otage, etc.).
Leurs manifestations sont à la fois somatiques et mentales. Sur le plan psychique, la classique psychose carcérale (bouffées délirantes ou poussées confusionnelles pouvant se présenter avec le tableau d'un syndrome de Ganser), réactionnelle à l'incarcération reste rare et controversée. Plus fréquentes sont les décompensations dépressives dès l'admission, avant le procès ou peu avant la sortie (avec un risque suicidaire important).
Très fréquents sont les troubles du sommeil, en raison du rythme de vie particulier, et les manifestations psychosomatiques (impossibilité d'exprimer son désarroi par d'autres voies). La consommation accrue de toxiques constitue un problème majeur.

S. J. M. Ganser, psychiatre allemand (1898)

service médico-psychologique régional (SMPR), syndrome de Ganser

[H4, H3]

Édit. 2019

trauma psychique en psychanalyse l.m.

trauma and psychoanalysis

Concept fondamental qui désigne la marque, l'empreinte laissée dans le psychisme d'un sujet par un évènement particulièrement significatif pour lui.
Présent dès les premiers écrits de S. Freud, le trauma jalonne sa réflexion pour aboutir à une conception structurale du sujet. Dans les premières théorisations, le trauma (une scène de séduction exercée par un adulte) a été oublié sous l'effet du refoulement et son sens ne se révèle, à l'occasion d'un deuxième évènement en apparence bénin, que par effet d'après-coup. L'échec des cures fondées sur la remémoration du traumatisme a entrainé l'abandon par Freud de l'idée d'une causalité directe. Au traumatisme, il substitue le fantasme. Celui-ci limite et régule une énergie sexuelle que l'effraction traumatique va libérer : c'est cette énergie déliée qui va s'imposer au sujet (1905). En 1918, le refoulement originaire est rattaché à l'expérience originelle du trauma, le fantasme étant ce qui voile ce vide central. En 1920, Freud montre, avec l'introduction de la pulsion de mort et du "pare-excitations", que le moi doit se défendre non seulement de traumatismes externes, mais aussi des motions pulsionnelles internes. "Inhibition, symptômes et angoisse" (1926) est l'occasion pour Freud de réviser la conception de l'angoisse et du trauma. Ce dernier est rattaché à la séparation de l'objet primordial (la mère), qui détermine l'angoisse la plus ordinaire, elle-même cause du premier refoulement. Le fantasme est ce qui, à la fois, tente de recréer le lien imaginaire à l'objet perdu, recouvre le réel pulsionnel interne et protège des dangers extérieurs. Le trauma est cette part de réel inscrite au cœur de l'inconscient, constitutive du sujet et recouverte par le fantasme. C'est cette conception freudienne que J. Lacan reprendra dans une perspective structurale.

S. Freund, neurologue autrichien (1856-1937)

Étym. gr. trauma : blessure. Freud a choisi le nominatif d'un mot grec. Trauma n'est utilisé qu'en psychanalyse ; il est ailleurs l'abréviatif familier de traumatisme.

traumatisme psychique l.m.*

psychic trauma

On appelle traumatisme psychique une expérience soudaine et intense provoquée par un danger,  source de menace pour la vie du sujet sans que celui-ci puisse y échapper ou qu'il ait autour de lui des moyens suffisants pour y faire face.
Le traumatisme induit frayeur et sentiment d'impuissance. Il peut être un évènement unique ou un enchainement d'évènements (traumatismes cumulatifs ou traumatismes en chaîne ) dont la valeur traumatique tient à la résonance d'une situation apparemment anodine  avec des évènement violents antérieurement vécus par le sujet.
L'émotion choc au moment de l'évènement traumatique peut secondairement laisser place à un syndrome de répétition sous forme de rêves ou cauchemars faisant revivre l'émotion-frayeur. De manière moins spectaculaire, le traumatisme psychique peut aussi manifester sa capacité pathogène durable par de nouveaux aménagements psychiques tels que anxiété ou vulnérabilité aux effets d'évènements ultérieurs.
Les situations de guerre, d'accident de la voie publique, d'agression notamment sexuelle fournissent des exemples caractéristiques de traumatismes psychique.
Les manifestations immédiates ou rapprochées du traumatisme psychique ont des expressions sont souvent intriquées et volubiles, qu'il s'agisse de rupture de comportement (stupeur, agitation), d'états confuso-oniriques ou délirants transitoires, de crise d'angoisse ou d'attaque de panique, de troubles de l'humeur (dépressifs, voire maniaques), de réactions caractérielles, de crises hystériformes, mais aussi des phénomènes psychosomatiques. Elles peuvent aussi être inapparentes et isolées, après une phase de latence. La survenue d'une névrose traumatique permet de rattacher le syndrome différé au traumatisme psychique initial.

traumatisme psychique chez les enfants l.

psychical trauma among children

Expérience dramatique vécue par des enfants qui ont survécu, p. ex., à des massacres et à des viols, parfois blessés, souvent retrouvés seuls, après plusieurs jours sans soins ni nourriture, auprès de cadavres de leurs proches.
Les évènements de Yougoslavie et d'Afrique ont montré qu'à terme rapproché, les réactions étaient très diverses : absence de troubles apparents ; comportements pathologiques de sidération avec dépression de type mélancolique, mutisme, refus de consignes ou d'incitations venant d'un adulte ; régression parfois profonde.
Il semble que, du moins en milieu africain, et même en l'absence de psychothérapeutes, le retour à un bon équilibre physique, à une vie normale, dans une ambiance chaleureuse, a fortiori le rapatriement chez soi avec un proche ou au sein d'une famille d'accueil dont on connait l'ouverture dans ces cultures, favorisent la réversibilité, plutôt que le maintien en orphelinat.
À l'évidence, un recul suffisant reste nécessaire.

traumatisme psychique et évènement exceptionnel l.m.

psychical trauma and exceptional event

Évènement à partir duquel se détermine, après une période de latence, un syndrome de répétition traumatique, noyau clinique central et spécifique de la névrose traumatique.
D'une façon brutale, violente, souvent inattendue, le sujet est confronté à la possibilité de sa propre mort.
Il s'agit le plus souvent du temps de guerre ou d'une situation de catastrophe. Mais d'autres évènements, moins subits, peuvent être traumatisants : épreuves physiques et psychologiques répétées, mauvais traitements, torture, captivité. Il peut en être ainsi de visions de scènes d'horreur et de cadavres, surtout de leur relève, même si elles ne menacent pas directement le sujet. Interviennent aussi les formes nouvelles de la violence : terrorisme, prise d'otages, violence urbaine, notamment.
L'effondrement de l'"illusion d'immortalité" pour un sujet à un moment donné est ce qui relie ces évènements entre eux. Néanmoins le pouvoir traumatique d'un évènement ne se résume pas à la puissance de son impact et tous les sujets ne développent pas une névrose traumatique. Il y faut encore une dimension qualitative : la rencontre de l'évènement avec des représentations inconscientes dévoilées brusquement et souvent avec fugacité à cette occasion.
L'incapacité du sujet à lier psychiquement ces divers contenus est la conséquence la plus spécifique des effets d'un tel évènement, c'est-à-dire ce par quoi s'évalue sa puissance traumatique.

traumatisme psychique et générations suivantes l.m.

psychical trauma and after-generations

Les suites différées peuvent concerner non seulement les survivants mais aussi, indirectement, les groupes familiaux et sociaux, et même se transmettre à la descendance (syndrome "de la deuxième génération" chez les enfants des victimes du génocide juif).
Elles prennent alors des aspects cliniques individuels moins spécifiques : anxiété, dépression, troubles du caractère, avec cependant des perspectives moins pessimistes que celles souvent admises.
Des études plus rares, portant sur le génocide arménien, ont mis en évidence, parfois sur trois générations, d'autres éléments tels que l'assimilation et ses avatars.

traumatisme psychique (prise en charge d'un) l.f.

psychical traumatism (acute disorders)

Mesures thérapeutiques visant à la résolution des manifestations psychiques contemporaines d'une situation dramatique.
Elles consistent à permettre l'expression et l'abréaction la plus rapide possible de l'expérience vécue. D'où l'intérêt de l'écoute du «premier récit» dans un cadre thérapeutique. C'est l'une des meilleures préventions des troubles différés si ce récit est recueilli par du personnel formé à ce type de prise en charge. Sa mise en œuvre par des équipes de santé mentale s'effectue à proximité des zones d'opérations ou des lieux de la catastrophe, c'est le «psychological debriefing» des anglais. Enfin, pour une action psychologique collective, l'information, l'encadrement, l'efficacité et le maintien de l'ordre public concourent aussi à la limitation des troubles et à la prévention des paniques.

panique (trouble, crise ou attaque de)

viscosité psychique l.f.

bradypsychia

Forme de bradypsychie qui concerne plus particulièrement le ralentissement du débit idéique, de la fluidité et du rythme des associations, et du temps de réponse à une question, comme englués.
Ce trouble est toujours considéré comme assez caractéristique de la personnalité de certains épileptiques, surtout d'évolution ancienne.

Étym. gr. ixos : glu

Syn. ixothymie

bradypsychie, personnalité épileptique

complexe psychique l.m.

psychic complex

Selon la théorie psychanalytique le complexe est un ensemble structuré de représentations et d’affects susceptible de déterminer certains comportements normaux ou pathologiques.
La théorie freudienne mentionne :
- le complexe d’Œdipe : amour incestueux du garçon pour sa mère ou de la fille pour son père (on parle alors d’Œdipe féminin ou de complexe d’Electre) ;
- le complexe de castration : fantasme infantile suscité par la découverte de la différence des sexes qui pourrait nourrir des symptômes d’angoisse.
Considéré physiologique le complexe doit être métabolisé pour ne pas susciter de symptômes par son anachronisme à l’âge adulte tels que dépendance ou insécurité émotionnelle. Ceci serait le cas de pathologies telles que l’hystérie, les phobies.
Le passage du mot complexe dans le langage commun (« avoir des complexes »)est devenu synonyme de difficultés psychologiques.

S.Freud, psychiatre et psychanaliste autrichien (1856-1939 ), C.G. Jung, psychologue et psychiatre suisse (1875-1961 )

hystérie, phobie

[H3]

Édit. 2019

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