délire aigu l.m.
acute frenzy
Entité nosographique française ancienne, d'une extrême gravité, décrite comme une complication d'états psychotiques surtout aigus (psychoses alcooliques, confusions mentales infectieuses, catatonies sévères, notamment).
L'intense agitation hallucinatoire et anxieuse et la sitiophobie s'accompagnent d'une hyperthermie et d'une déshydratation avec troubles hydroélectrolytiques et hyperazotémie (encéphalite psychosique aigüe hyperazotémique, E. Toulouse, L. Marchand et A. Courtois, à partir de 1929).
Grâce aux moyens de traitement actuels et à l'évolution de la pathologie, cette réaction , catastrophique a pratiquement disparu.
L. Marchand, A. Courtois, E. Toulouse, neuropsychiatres français (1935) L. Calmeil, neuropsychiatre français (1859)
Étym. lat. delirium : délire
délire aigu puerpéral l.m.
acute puerperal delirium
Manifestation psychotique des suites de couches, sous forme d'un syndrome confusionnel, associé à des phénomènes oniriques, hallucinatoires et délirants apparaissant quelques jours après l'accouchement ou sous forme d'un état mélancolique avec épisode dépressif plus tardif.
Étym. lat. delirium : délire
Syn. psychose puerpérale
délire alcoolique subaigu l.m.
alcohol-induced subacute psychotic disorder
→ alcoolique aigüe et subaigüe (psychose)
délire chronique l.m.
chronic delusion
Selon la nosologie habituellement utilisée en France, groupe complexe et très probablement hétérogène d'états délirants au long cours qui, selon la nosologie française, se distinguent en particulier des schizophrénies par l'absence de dissociation, et des démences par l'absence d'affaiblissement intellectuel.
Les délires chroniques sont caractérisés également par leur systématisation relative, l'absence d'évolution vers des formes dites déficitaires (bien que ce critère ne soit pas absolu) et leur apparition tardive après 30 ans.
Pendant longtemps, en milieu anglo-saxon, ils ont été pour la plupart considérés comme des formes schizophréniques. Cette conception extensive à l'excès est devenue plus restrictive. La CIM-10 de l'OMS exclue notamment "la schizophrénie paranoïde" des "troubles délirants persistants".
La même CIM-10 admet que "la part respective des facteurs génétiques, des caractéristiques de la personnalité et des facteurs de stress psychosociaux dans la survenue de ces troubles est encore incertaine et probablement variable".
Étym. lat. delirium : délire
délire chronique (éléments d'un) l.m.
Dépendant pour une grande part de la mise en confiance d'un patient souvent réticent, voire opposant, ensemble des éléments constitutifs du délire classiquement envisagés :
- mécanismes d'élaboration : illusions, interpréta
- thèmes : persécutoires, fantastiques, hypocon
- systématisation ou "logique" du délire : "vertébré", flou, diffluent ;
- richesse ou pauvreté ;
- caractère convergent ou divergent : suivant que le délire n'atteint que le patient ou également les autres ;
- conviction : le malade vit-il son délire ? critique ou ébauche de critique ? quel est l'"indice de réalité" qui persiste ?
- réaction : adaptée ou non, démarches d'investigation, de contrôle, de défense, de revendication, attitude d'écoute, etc. ;
- dangerosité éventuelle : à l'égard de soi-même ou d'autrui ;
- attitude de l'entourage, surtout familial : p. ex., le patient répond-il à une certaine fonction dans le groupe ? degré d'émotion exprimé par ce dernier ? coopération ?
Étym. lat. delirium : délire
délire chronique (structure d'un) l.m.
structure notion of a chronic delusion
Classification des délires chroniques fondée, non plus sur la notion d'hallucinations ou d'interprétations, mais sur celle de structure, considérée comme une forme d'organisation globale fonctionnelle de l'activité psychique, inspirée des concepts "dynamiques" de H. Jackson (H. Claude et H. Ey).
À partir d'un essai de démembrement du groupe des psychoses hallucinatoires chroniques, ont été décrits trois types de structures délirantes : paranoïaque, bien construite, systématisée ; paraphrénique, fantastique, dont la construction part dans tous les sens ; paranoïde, incohérente et dissociée, comme dans les schizophrénies.
Mais pour la plupart des auteurs français, l'extension aux délires chroniques du cadre des états schizophréniques est critiquable. De plus, le démembrement de la psychose hallucinatoire chronique ainsi entrepris n'a pu être que partiel.
J. H. Jackson, neurologue britannique (1835-1911) ; H. Ey et H. Claude, membre de l'Académie de médecine, neuropsychiatres français (1932)
Étym. lat. delirium : délire
→ jacksonisme, organodynamisme
délire de filiation l.m.
delusion of filiation
→ filiation (idées délirantes de)
délire de jalousie l.m.
jealousy delusion
Forme majeure de la jalousie pathologique, comportant une conviction erronée, systématique et inébranlable d'être trompé, apparaissant sans motif valable, avec fréquente ou même incessante recherche de "preuves" par le patient (un homme en général) et véritables interrogatoires policiers.
Il est vrai qu'un processus sans retour peut également être observé à partir d'éléments réels, ou que la partenaire harassée en arrive à réaliser ce qui ne l'avait pas été : source de catastrophe.
Des actes médicolégaux sont possibles, avec même parfois meurtre du partenaire ou du rival supposé (comme l'Othello, de Shakespeare).
Ces états psychotiques paraissent moins fréquents chez l'alcoolique que classiquement. Ils peuvent alors trouver leur source dans une hypothétique homosexualité latente, ou plutôt dans le retentissement affectif d'une impuissance sexuelle liée à l'intoxication chronique.
Quoi qu'il en soit, le délire de jalousie a été classé par G. de Clérambault (1921), avec l'érotomanie et le délire de revendication, parmi les délires passionnels ou "en secteur", que la personnalité soit paranoïaque ou non. Un état schizophrénique est aussi observé.
G. G. de Clérambault, psychiatre français (1921) ; O. Bombarda, psychiatre portugais (1896)
Étym. lat. delirium : délire
délire de négation l.m.
delusion of negation, nihilistic delusion, nihilism
Idées délirantes de non-existence s'appliquant le plus souvent à un organe ou à une fonction et qui peuvent aussi concerner le patient lui-même, sa famille, voire l'univers entier ou une partie du monde.
Non spécifiques d'un trouble, elles peuvent se retrouver dans la confusion mentale, les démences, les délires paranoïdes ou paranoïaques. Mais classiquement, elles sont surtout une forme clinique de l'accès mélancolique, le syndrome de Cotard, qui repose sur le trépied sémiologique devenu rare : délire de négation d'organe ou de fonction, idées délirantes de damnation et d'immortalité.
Aujourd'hui, les idées de négation se rencontrent surtout dans les formes délirantes de dépression et les états délirants hypocondriaques, schizophrénies et psychoses paranoïaques en particulier.
D'autres idées de négation sont plus fréquentes, notamment dans les schizophrénies : négation d'identité, d'appartenance familiale.
J. Cotard, neuropsychiatre français (1880)
Étym. lat. delirium
→ schizophrénie, délire chronique, Cotard (syndrome de)
[H3]
Édit. 2018
délire de persécution l.m.
delusion of persecution
délire de relation des sensitifs l.m.
sensitive delusion of reference
Groupe délirant hétérogène, habituellement classé dans les délires paranoïaques, ainsi nommé parce que vécu comme l'expérience cruciale d'un conflit du sujet avec un autre ou un groupe d'autres : conjoint, famille, voisins, etc.
Il s'agit généralement de la décompensation d'une personnalité contrastée, dite sensitive, marquée par une succession d'avatars existentiels et de frustrations. Hyperesthésie affective, stase intrapsychique et autres traits de cette "névrose de relation" trouvent leur point d'apogée lors d'une ultime déception éprouvée ("paranoïa de compensation", selon J. Delay).
Se déploient alors des impressions de brimades, de vexations, d'allusions péjoratives et malveillantes. L'angoisse, la tension conflictuelle et la culpabilité dominent. Les réactions sont plutôt anxieuses, dépressives et hyposthéniques qu'agressives.
L'évolution est très variable, souvent oscillante. La guérison reste toujours possible, même après plusieurs années d'évolution.
E. Kretschmer, psychiatre allemand (1918)
Étym. lat. delirium : délire
délire de revendication l.m.
litigious paranoia
Organisation psychotique le plus souvent incluse dans les délires paranoïaques chroniques, plus particulièrement passionnels, car, de même que ces derniers, enfoncée comme un coin dans la réalité, "en secteur", sans tendance à l'extension.
Délirant dans le sens d'un moi idéal imaginaire, ces patients se présentent comme : des quérulents ; des idéalistes passionnés, en fait plus souvent psychopathes ou névrotiques ; des inventeurs méconnus, soucieux de protéger et promouvoir leur découverte, qu'ils considèrent comme capitale ; des "interprétateurs filiaux", en réalité surtout imaginatifs et paranoïdes ; des hypocondriaques, incriminant des soins médicaux ou chirurgicaux ; des sinistrosiques délirants, réclamant eux aussi réparation.
E. Kraepelin, psychiatre allemand (1899)
Étym. lat. delirium : délire
Syn. délire de préjudice, psychose quérulente
délire dermatozoïque l.f.
dermatological delusion
Trouble fréquent chez la femme âgée, caractérisé par des hallucinations tactiles localisées ou diffuses, à type de picotements, de démangeaisons, de brûlures, attribuées avec grande conviction par la patiente à des vers, insectes ou autres parasites rampant sous la peau et creusant des sillons.
Squames, lésions de grattage ou secondaires à l'application de désinfectants sont présentées au dermatologue comme des "preuves".
À côté de cette psychose hypocondriaque monosymptomatique, rencontrée également chez certains alcooliques ou toxicomanes, une élaboration délirante chronique plus ou moins organisée, une mélancolie sénile sont possibles.
En milieu tropical, on éliminera prurit et sensations de reptation des filariens, accrus par la diéthylcarbamazine.
K. Ekbom, neurologue suédois (1938)
Étym. lat. delirium : délire
Syn. délire à ectoparasites; hallucination haptique à figuration zoopathique ; hallucinose tactile chronique : parasitose délirante
délire de supposition l.m.
supposition delusion
Forme mineure du délire d'interprétation, faite de soupçons et d'interrogations, mais sans véritable conviction.
Les doutes et les hypothèses varient selon les paroles perçues et les évènements ou incidents vécus, sans aboutir à une systématisation fixe.
Étym. lat. delirium : délire
délire de transformation corporelle l.f.
bodily changes delusion
→ transformation corporelle (idées de)
délire d'imagination l.m.
delusional imagination
État délirant survenant sur fond de "mythomanie constitutionnelle" et revêtant des formes aigües et chroniques.
Les formes chroniques sont variables : depuis les délires de filiation en fait rarement purs, avec interprétations fréquentes, jusqu'à une luxuriance désordonnée avec thèmes mégalomaniaques, qui rejoint les paraphrénies confabulante et fantastique.
E. Dupré, membre de l’Académie de médecine et B.J. Logre, neuropsychiatres français (1911)
Étym. lat. delirium : délire
délire d'influence l.m.
influence delusion
→ influence (idées, syndrome d')
délire d'interprétation l.m.
interpretative delusion
Forme clinique des délires chroniques systématisés (psychoses paranoïaques, E. Kraepelin), développée "en réseau", selon une juxtaposition d'idées délirantes surtout persécutrices et interprétatives.
Il se distingue classiquement du système partiel, "en secteur", plus systématisé, s'enfonçant comme un coin dans la réalité, des délires passionnels et de revendication. Aux interprétations peuvent en fait s'ajouter d'autres mécanismes, notamment hallucinatoires. L'élaboration et l'enrichissement du délire sont le plus souvent progressifs, mais sans affaiblissement intellectuel. Un enkystement et un assoupissement de celui-ci sont également possibles.
P. Sérieux et J. Capgras, psychiatres français (1909)
Étym. lat. delirium : délire
→ délire de supposition, interprétation délirante
délire en secteur l.m.
sectorial delusion
Type d'organisation délirante chronique paranoïaque s'enfonçant comme un coin dans la réalité en fonction d'un axe idéo-affectif dominé par la charge passionnelle, très systématisé, avec investissement total du patient, mais sans tendance à l'extension.
Ce groupe pathologique réunit, sous le titre de psychoses passionnelles, les délires de revendication, le délire de jalousie et l'érotomanie.
Les délires en secteur diffèrent de la "folie raisonnante" des délires d'interprétation, qui se développent en réseau, surtout persécutoire, selon une superposition, une mosaïque délirante.
G. de Clérambault, psychiatre français (1921)
Étym. lat. delirium : délire
délire fantastique l.f.
fantastic delusion
Forme de délire chronique caractérisée surtout par sa luxuriance cosmique, féerique, surnaturelle, son exaltation de l'humeur, le maintien d'une assez bonne adaptation au monde réel et une altération intellectuelle faible ou absente.
Il s'agit d'une des quatre formes classiques des paraphrénies au travers des acceptations diverses et des variations concernant ce groupe.
Terme apparu dans la sixième édition (1889) du Traité de psychiatrie d'E. Kraepelin, sous la rubrique de la "démence précoce", comprenant des formes hébéphrénique, catatonique et paranoïde : celle-ci avec d'une part la "démence paranoïde" et d'autre part la "phantastische verrückteit" ou "folie fantastique", noyau du futur groupe des paraphrénies, que cet auteur définira en 1912.
E. Kraepelin, psychiatre allemand (1899)
Étym. lat. delirium : délire
délire infectieux puerpéral l.m.
infectious puerperal delirium
Manifestation psychiatrique survenant au cours d'une infection grave des suites de couches, associant une confusion mentale, des bouffées délirantes et une fièvre très élevée.
Cette affection est devenue exceptionnelle depuis l'ère des antibiotiques.
Étym. lat. delirium : délire
délire localisé l.m.
localized delusion
Terme appliqué à l'anorexie mentale du fait de la quasi-constance d'un vécu pathologique de l'image du corps chez ces adolescentes.
La perception du corps plus gros qu'il ne l'est, avec notamment une méconnaissance de sa maigreur, s'associe à la peur permanente de grossir. Celle-ci, appuyée sur un désir absolu de minceur, peut être globale ou se focaliser (ventre, seins, cuisses, etc.).
La profondeur du trouble, l'inaccessibilité à une argumentation logique et le déni de la réalité de l'apparence physique s'inscrivent dans le sens de cette conception, qui fait de l'anorexie mentale une forme de psychose monosymptomatique. Mais ce délire reste stéréotypé, ne s'enrichit ni ne produit.
Mara Palazzoli-Selvini, psychiatre italienne (1963)
Étym. lat. delirium : délire
[H3]
Édit. 2018
délire médiumnique l.m.
mediumistic delusion
délire mélancolique, mélancolie ou délire exclusif l.m.
melancholic delusion, melancholia, exclusive delusion
Délire "dirigé exclusivement sur un objet ou une série particulière d'objets, avec abattement, morosité et plus ou moins de penchant au désespoir, surtout lorsqu'il est porté au point de devenir incompatible avec la société" (Ph. Pinel, 1803).
Ce groupe de manifestations était opposé par l'auteur à : la manie, périodique ou continue, avec plus ou moins d'agitation ; la démence, avec son déficit du jugement ; l'idiotie, avec "un cercle très borné d'idées et une nullité de caractère".
Ph. Pinel, psychiatre français (1809)
Étym. lat. delirium : délire
délire palingnostique l.m.
delirious illusion of false recognition
Délire fondé sur des fausses reconnaissances habituelles et une illusion de déjà vu.
Il s'agit parfois d'"illusion des doubles" ou "des sosies". Ces formes particulières de délires chroniques, notamment d'imagination, sont très proches des paraphrénies expansives ou confabulantes.
Terme désuet.
Étym. gr. palin : nouveau, et gnosis : connaissance