Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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délire paranoïaque chronique l.m.

delusional disorder (DSM-IV)

Système délirant "durable et impossible à ébranler, qui s'instaure avec une conservation complète de la clarté et de l'ordre dans la pensée, le vouloir et l'action" (E. Kraepelin, à partir de 1899).
L'organisation de ces délires cohérents, systématisés, en général interprétatifs, est "vertébrée", pseudologique, à type de plaidoyer (revendication, procédures, etc.), accompagnée d'une conviction le plus souvent massive, dogmatique. La faille dans le jugement est parfois difficile à trouver, car elle réside dans les prémisses d'un postulat initial. Se présentant comme relativement plausibles, avec un pouvoir de communication et de persuasion, il peut s'agir de délires à deux ou de psychoses collectives.
On recherchera les éléments d'une personnalité paranoïaque.

Étym. lat. delirium : délire

→ délire d'interprétation, délire passionnel, délire de persécution, délire de relation des sensitifs, délire de revendication, érotomanie

délire paranoïde l.m.

paranoid delusion

Délire non systématisé, diffluent, abstrait ou même hermétique, polymorphe dans ses mécanismes et ses contenus, qui constitue la forme clinique principale du groupe des schizophrénies.
Souvent associées à l'automatisme mental, les hallucinations auditives sont ses mécanismes les plus fréquents. Multiples, les thèmes s'expriment dans un vécu d'étrangeté, voire de dépersonnalisation, avec mimique inadaptée et fréquente charge anxieuse. Il arrive que le patient juxtapose le monde délirant à celui de la réalité, mais les comportements bizarres et inexpliqués dominent souvent.
La symptomatologie schizophrénique positive ou productive dont fait partie le délire est plus accessible aux neuroleptiques que la symptomatologie négative ou déficitaire. Des aménagements névrotiques ou caractériels ne sont pas rares.

Étym. lat. delirium : délire

→ délire chronique (notion de structure d'un), schizophrénie (formes cliniques), paranoïa

délire paraphrénique l.m.

paraphrenic delusion

Groupe de délires chroniques rares, intermédiaire entre la "démence précoce" et la paranoïa qui a connu des acceptions diverses.
On observe une forte charge imaginative avec luxuriance des thèmes, féériques, fantastiques, cosmiques, ésotériques, et un langage souvent hermétique, qui peut comporter quelques néologismes sémantiques plus que phonologiques, signe précoce de chronicité. Le patient domine cette expérience et reste assez bien adapté à la réalité par une véritable "bipolarité" ou "diplopie".
Actuellement, en pratique, sont retenues quatre formes : fantastique, expansive (qui se rapprocherait de certaines manies chroniques), confabulante (voisine, avec la paraphrénie fantastique, des délires d'imagination d'E. Dupré) et mélancolique (idées de négation ou syndrome de Cotard).
Survenant après 30-40 ans, les paraphrénies peuvent poser le problème d'affections métapsychotiques ou post-processuelles ("paraphrénisation" de certaines schizophrénies, notamment).
La paraphrénie n'est pas mentionnée dans le DSM-IV, et seulement en tant que paraphrénie tardive dans la CIM 10, parmi les "troubles délirants persistants".

J. Cotard, neurologue français (1880) ; E. Kraepelin, psychiatre allemand (1915)

Étym. lat. delirium : délire

→ délire chronique (notion de structure d'un)

délire passionnel l.m.

passional delusion

Groupe pathologique qui comprend le délire de revendication, le délire de jalousie et l'érotomanie. (G. de Clérambault, 1921).
Il se caractérise par : un postulat initial , véritable nœud idéo-affectif à base d'intuition délirante, dont la passion est l'élément essentiel et les interprétations ou intuitions, mécanismes prépondérants, l'effet contingent et toujours secondaire ; un but à atteindre (réunion avec l'Objet, réparation de préjudice, etc.) ; une organisation limitée, "en secteur", du délire, qui atteint comme un coin la réalité dans le sens du désir du patient ; l'intensité de la participation affective, avec exaltation thymique, hypersthénie et passage à l'acte médicolégal possible.
Volontiers apparentées ou incorporées actuellement aux délires paranoïaques, ces psychoses passionnelles plus ou moins durables peuvent être pures, prodromiques d'autres aspects délirants ou associées à eux.

G. de Clérambault, psychiatre français (1921)

Étym. lat. delirium : délire

délire (psychanalyse et) l.m.

delusion (psychoanalysis and)

Selon S. Freud, construction d'une néoréalité, tentative de guérison par restauration du lien objectal après un premier mouvement de désinvestissement.
Du fait de l'absence d'inscription symbolique - forclusion de la métaphore paternelle (1958) -, J. Lacan fait état, au moment du déclenchement psychotique, d'une confrontation du sujet à un vide énigmatique auquel l'hallucination est une réponse qui revient du dehors, dans le réel. Le délire, c'est ce qui reprend - par une série de remaniements, d'intuitions et d'interprétations - l'hallucination, pour la constituer en une organisation plus ou moins structurée. Le délire est une suppléance à la faille structurale, que Lacan, par analogie, propose d'appeler la métaphore délirante.

J. Lacan, psychiatre et psychanalyste français (1901-1981)

Étym. lat. delirium : délire

délire systématisé l.m.

systematized delusion

Terme utilisé en France à la fin du XIXe siècle pour décrire un délire chronique à évolution systématique du fait, non pas des idées délirantes mais d'une succession de quatre phases, considérée comme constante : incubation et intuitions délirantes ; persécution et hallucinations auditives et cénesthésiques ; idées de grandeur et hallucinations polysensorielles ; démence.
Quelques années plus tard, est constitué le groupe des délires systématisés chroniques, où l'accent est mis notamment sur l'importance des thèmes persécutifs et l'absence d'évolution démentielle. Il comprend le délire d'interprétation, de P. Sérieux et J. Capgras lesquels, après J. Séglas, adopteront le terme de paranoïa, déjà utilisé en Allemagne.

P. Sérieux et J. Capgras, psychiatres français (1909) ; J. Séglas, aliéniste français (1895)

Étym. lat. delirium : délire

→ délire paranoïaque chronique

delirium n.m.

delirium
Selon la CIM de l'OMS et le DSM, ensemble des syndromes cérébraux organiques correspondant, sur le plan clinique, à la confusion mentale de la terminologie française.

Étym. lat. delirium : délire

délirium tremens l.m.

delirium tremens
Délire aigu chez un alcoolique déclenché le plus souvent par le sevrage, à l'occasion d'un traumatisme, d'une infection ou d'une intervention chirurgicale.
C'est un accès d'agitation caractérisé par un état confuso-onirique avec désorientation temporospatiale, illusions, hallucinations surtout visuelles, à thèmes professionnels ou terrifiants, accompagné de tremblements, de dysarthrie, de troubles de l'équilibre et de la coordination, avec de la fièvre, des sueurs et une tachycardie.
Cet état exige un traitement d'urgence : isolement, traitement sédatif par tranquillisants (benzodiazépines) et si nécessaire neuroleptiques, réhydratation avec correction des désordres hydro-électrolytiques, vitaminothérapie (B1, B6). Il faut rechercher une maladie éventuelle sous-jacente (pneumonie, méningite, etc.). La durée de l'accès, dont le malade ne garde pas le souvenir, est de 2 à 3 jours, la guérison est maintenant de règle.

Étym. lat. delirium : délire, tremens : tremblant

→ alcoolique aigüe et subaigüe (psychose), alcoolopathie

délivrance n.f.

placental delivery

Troisième et dernière phase de l'accouchement au cours de laquelle se produit l'expulsion naturelle ou artificielle du placenta et de ses annexes, les membranes et le cordon ombilical, hors des voies génitales.
Elle succède à l'expulsion du fœtus après une période de repos physiologique d'environ quinze minutes. Elle comprend trois temps :
- le décollement du placenta qui se produit pendant la phase de rémission clinique à l'union entre les couches spongieuse et compacte de la caduque sous l'effet de la rétraction utérine ; un hématome rétroplacentaire physiologique facilite le clivage ;
- la migration dans le vagin : entraîné par son poids et par l'hématome rétroplacentaire et poussé par les contractions utérines, le placenta migre dans le vagin et s'expulse soit en présentant sa face fœtale, mode de Baudelocque, quand il est inséré au voisinage du fond utérin et qu'il se retourne en doigt de gant, soit en s'extériorisant par sa face maternelle, mode de Duncan, quand il est inséré plus bas sur une face latérale et qu'il glisse sans retournement ;
- l'expulsion hors des voies génitales est suivie de la rétraction utérine qui assure l'hémostase ; elle constitue les ligatures vivantes de Pinard et le globe de sécurité.

J. L. Baudelocque, médecin accoucheur français, membre de l'cadémie de médecine (1745-1810) ; J  Duncan, obstétricien britannique (1826-1890)

délivrance accélérée l.f.

accelerated placental delivery

Accélération du déroulement de la délivrance par expression utérine.

délivrance artificielle l.f.

manual removal of placenta

Manœuvre d'extraction manuelle du placenta et des annexes fœtales en cas d'hémorragie de la délivrance avant l'expulsion du placenta ou d'absence de décollement placentaire au-delà de 30 minutes.
Elle nécessite une asepsie rigoureuse et une anesthésie péridurale ou générale sauf en cas d'extrême urgence. Le placenta est décollé à l'aide du bord cubital de la main qui s'insinue entre lui et la paroi utérine, cependant que l'autre main immobilise et abaisse l'utérus à travers la paroi abdominale. Cette manœuvre est complétée par une révision utérine.

délivrance dirigée l.f.

active management of the third stage

Direction pharmacologique de la phase de délivrance par injection prophylactique d'ocytociques, soit de manière systématique, soit en fonction de facteurs de risques hémorragiques : utérus surdistendu, grande multiparité, antécédent d'hémorragie de la délivrance, troubles de la coagulation sanguine, césarienne.
La méthode de choix est l'injection intraveineuse d'une ampoule de 5 UI d'ocytocine au moment du dégagement de l'épaule antérieure en cas de présentation céphalique, ou immédiatement après l'expulsion de la tête en cas de présentation du siège. La délivrance dirigée accélère la délivrance, prévient les anomalies du décollement placentaire et diminue la perte sanguine. Elle présente un risque d'enchatonnement ou d'incarcération du placenta.

délivrance manuelle l.f.

manual placenta delivery

Technique de délivrance au cours de laquelle la main vient simplement saisir et extraire le placenta décollé, resté dans l'utérus.

délivrance naturelle l.f.

natural placenta delivery

Expulsion spontanée du placenta et de ses annexes fœtales.
Après vérification du décollement placentaire, la délivrance est favorisée par une expression du fond utérin et une légère tension du cordon. Le décollement des membranes est facilité par une ascension douce du corps utérin lorsque la masse placentaire apparaît à la vulve. Le recueil du placenta à deux mains, afin de le vriller sur lui-même, évite une déchirure des membranes.

délivre n.m.

afterbirth

Ce qui reste dans l'utérus après expulsion du fœtus : le placenta, le cordon ombilical, les membranes.

Syn. arrière-faix

Delleman (syndrome de) l.m.

Delleman’s syndrome

J. W. Delleman, ophtalmologiste et généticien néerlandais (1981)

→ oculocérébrocutané (syndrome)

dellen n.m.

dellen

Petite excavation elliptique en soucoupe à la surface de la cornée près du limbe, en général du côté temporal.

Dellenbach (score de) l.m.

Dellenbach’s score

Evaluation chiffrée de la gravité d'une menace d'accouchement prématuré et des chances de succès d'une tocolyse par la prise en compte de la longueur et de la dilatation du col utérin, de la fréquence et de l'intensité des contractions utérines.

P. Dellenbach, gynécologue obstétricien français (1975)

Delmas (technique de) l.f.

Delmas’ method

Méthode abandonnée d'accouchement provoqué par dilatation du col utérin sous rachi-anesthésie, suivie de l'extraction fœtale par version podalique ou application de forceps.

P. Delmas obstétricien français (1880-1962)

délomorphe adj.

Dont la forme et les limites sont bien définies (ex. cellule délomorphe)

→ glandes gastriques

del(1) (p36)

→ syndrome de délétion 1p36

[A4,H1,H3,O1,O6,Q1,Q2]

Édit. 2017

Delpech (loi de) l.f.

Delpech’s law

La croissance osseuse est accrue dans les zones de moindre pression et ralentie ou diminuée dans les zones de forte pression.

J. Delpech, chirurgien et anatomiste français, membre de l’Académie de médecine (1828)

Delphes (technique) l.f.

Delphi technical

Étym. Delphes : ville grecque où siégeait l’oracle d’Apollon.

→ technique Delphes

delta adj.

delta

De forme triangulaire rappelant la lettre grecque.

→ phalange delta

delta (agent) l.m.

delta agent

Virus défectif à tropisme hépatique, partiellement dépendant du virus de l'hépatite B pour sa multiplication et son infectiosité.
Il est constitué d'un ARN viral enroulé dans une capside d'antigène delta de la viridine qui est entourée d'une enveloppe d'antigène HBs du virus de l'hépatite B (HBV). Il est actuellement classé dans le genre Deltavirus, parmi les virusoïdes.
L'infection virale delta se rencontre principalement dans le bassin méditerranéen, en Asie et en Amérique Centrale, dans les populations européennes et nord-américaines toxicomanes ou homosexuelles. Sa transmission est parentérale, sexuelle ou materno-fœtale.
L'antigène delta n'est détecté dans le sérum que dans les 4 premières semaines suivant l'infection par l'agent delta. Des anticorps antidelta de type IgM et IgG sont ultérieurement détectables. La détection des anticorps de type IgM signe habituellement la persistance de l'infection, qui sera confirmée par la détection de l'ARN de l'agent delta dans le sérum et de l'antigène delta dans le foie. Les infections B-delta seraient plus sévères que les seules infections B.

Syn. virus de l'hépatite D

→ hépatite delta, hépatite B, virus de l'hépatite D, virusoïde

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