Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

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pensée magique l.f.

magical thinking

Mode de pensée libéré des références logiques ("prélogique"), fondé sur la toute-puissance du désir.
Commune chez l'enfant, la pensée magique était classiquement considérée comme caractéristique de la mentalité dite "primitive".
En fait, cette recherche de forces mystérieuses, voire de croyances mystiques, demeure assez générale. Elle est souvent formée par des rémanences de clichés et désirs immémoriaux.
En psychiatrie, elle se manifeste chez les personnalités limites et schizotypiques, par les rites conjuratoires des névroses obsessionnelles, dans les schizophrénies paranoïdes et certains syndromes délirants organiques.

Étym. gr. magikos : relatif à la magie, de mageia, sorcellerie pratiquée par le magos, prêtre persan, mage

angle magique en IRM l.m.

artéfact d'angle magique (en IRM)

[B1,B2,B3]

Édit. 2018

artefact d'angle magique en IRM l.m.

magic angle artifact

Dans les séquences IRM à TE court, augmentation artéfactuelle de signal des ligaments ou des tendons, normalement en hyposignal, lorsque le grand axe de ceux-ci fait un angle de 55 degrés par rapport au champ B0. C’est le cas, par exemple, de la quasi-totalité des tendons de la cheville, Achille (rectiligne) exclu, en coupes sagittales. On peut y remédier en orientant différemment la structure à visualiser ou en remplaçant les séquences à TE court par des séquences à TE long.

[B2,B3]

Édit. 2018

déréelle (pensée) l.f.

dereistic thought

Pensée du schizophrène, détaché du contact ambiant, autistique (E. Bleuler).
Cette pensée, qui échappe aux exigences de la réalité et aux lois des catégories logiques (causalité, identité, contradictions), est considérée comme dominée par des composantes affectives.
Il s'agit en particulier d'abstractions subjectives formelles et de représentations fantasmatiques sans relation avec l'environnement, et qui peuvent comporter des éléments magiques avec intervention de forces mystérieuses.
En dehors du rêve et des rêveries, il est de fait que ce type de pensée se rencontre essentiellement dans les états schizophréniques.

E. Bleuler, psychiatre suisse (1857-1939)

devinement de la pensée l.m.

mind reading

Phénomène hallucinatoire de contrôle et de devancement de la pensée, classiquement observé dans l'automatisme mental.
Il est fréquemment associé à d'autres éléments hallucinatoires, notamment à une impression de vol et de répétition en écho de la pensée par une voix intérieure étrangère au patient, ou parasitée par une autre pensée Ce trouble s'intègre dans un sentiment plus global de soumission à une influence extérieure qui dépossède le sujet de sa propre pensée (syndrome d'influence).

diffluence de la pensée l.f.

diffluence of thought

Perturbation des associations idéiques se traduisant par des digressions répétées, sans rapport entre elles.
Aucun thème n'étant terminé, le passage de l'un à l'autre s'opère par le biais de quasi-homonymies, phonétiquement proches, avec tous les intermédiaires possibles entre un discours pauvre mais compréhensible et une incohérence totale de la pensée.
Elle s'observe le plus souvent comme mode d'expression de la dissociation schizophrénique, mais aussi chez des confus, des déments et des maniaques, où s'associe fréquemment une fuite des idées avec toutefois maintien d'une relative cohérence.

écho de la pensée l.m.

thought echoing, hearing

Hallucination acousticoverbale avec certitude, de la part du patient, d'entendre une ou plusieurs voix intérieures répétant et commentant sa propre pensée comme un écho.
À un degré de plus, sa pensée ne lui appartient plus, mais elle est devinée, devancée et commentée. Ce type d'expérience perceptive est caractéristique de l'automatisme mental.

automatisme mental, hallucination

[H3]

Édit. 2019

pensée n.f.

thought

En philosophie et psychologie, ensemble des fonctions psychiques et psychophysiologiques ayant pour objet la connaissance, la formation des idées et des jugements, ainsi que l'ensemble des phénomènes par lesquels se manifestent ces fonctions.
Les affects, les attitudes émotionnelles et les souvenirs sont intégrés dans les mécanismes de pensée.
Les troubles de la pensée peuvent toucher :
- son cours et son déroulement : tachypsychie, discontinuité et diffluence, barrages, fading mental ;
- ses contenus : idée fixe, obsessions et compulsions, troubles de l'activité imaginaire (fabulation, mythomanie, notamment), productions délirantes.

pensée antithétique l.f.

antithetical thought

Forme logique de certains aspects de la pensée schizophrénique, qui réduit le monde à un raisonnement duel figé et se traduit notamment par le rapprochement de propositions de sens radicalement opposé.
Développée à partir de 1923 avec Roques de Fursac par E. Minkowski, qui l'a incluse dans le rationalisme morbide dont elle se rapproche beaucoup, elle diffère en particulier de la dissociation d'E. Bleuler, qui est une dislocation de toutes les fonctions psychiques.

J. Roques de Fursac, psychiatre français (1923) ; E. Minkowski, psychiatre français (1885-1972)

Étym. gr. antithêsis : opposition

pensée forcée l.f.

forced thinking

Manifestation épileptique paroxystique à symptomatologie cognitive, où le flux idéatoire s'arrête sur une pensée : pensée du moment, pensée parasite banale ou métaphysique.
Cette expérience vécue peut être isolée ou associée à d'autres troubles : mouvements adversifs de la tête et des yeux avec évolution possible vers des mouvements contraversifs, secousses cloniques axiales, chute et signes végétatifs. Une généralisation secondaire est fréquente.
Ce type de crise paraît en rapport avec une décharge du cortex frontopolaire antérieur.

pensée ou vie opératoire l.f.

psychosomatique (pensée ou vie opératoire)

pensée paralogique l.f.

paralogical thinking

Fausseté involontaire du jugement, fondée sur des prémisses fausses à partir desquelles s'articule de bonne foi un raisonnement rigoureux et d'une cohérence parfois supérieure à la moyenne.
À la base, en effet, le fonctionnement intellectuel, bien que compatible avec un bon niveau, est déformé par des postulats affectifs eux-mêmes erronés (hypertrophie du moi, méfiance). Sa déviation qualitative est caractéristique de la pensée paranoïaque.

paralogisme

psychosomatique (pensée ou vie opératoire) l.f.

psychosomatic medicine (operative thinking or life)

Fonctionnement psychologique du malade dit psychosomatique : pensée centrée sur l'immédiat, le concret, la description du symptôme. Le patient paraît incapable d'évoquer son histoire personnelle. Plus encore, il semble coupé de son inconscient, de sa vie fantasmatique, de ses rêves. (Terme proposé par P. Marty, N. de M'Uzan et C. David, "École psychosomatique de Paris").
L'origine d'un tel fonctionnement se situerait dans les premières étapes du développement affectif et auraient été, à ce moment, préférentiellement pris en compte les besoins somatiques de l'enfant, au détriment de sa vie affective et psychologique. Si bien qu'ultérieurement, toute sa vie émotionnelle et affective passera par le registre corporel.
Ce terme peut être considéré comme un synonyme du terme d'alexithymie, sans pour autant avoir recours au même soubassement théorique.

P. Marty et M. de M’Uzan, psychanalystes français (1963) ;P. Marty et  Ch. David, psychanalystes psychosomaticiens français (1968)

vol de la pensée l.m.

thought withdrawal

Phénomène délirant caractérisé par la conviction, chez le patient, que ses propres pensées sont captées et prises par autrui.
Décrit dans l'automatisme mental.

automatisme mental

xénopathique (pensée) l.f.

obtrusion of an unexplained strange thought

Croyance en une intrusion mystérieuse et hostile, dans la pensée, de divers phénomènes attribués par le patient à une influence extérieure (P. Guiraud, 1950).
Très proche du syndrome d'action extérieure (H. Claude et coll., 1930), la pensée xénopathique entre en particulier dans l'automatisme mental, avec surtout ses hallucinations psychiques. Celles-ci, dont la sensorialité est faible ou nulle, jouent en effet un rôle fondamental dans l'automatisme mental et principalement le syndrome d'influence.

P. Giraud, aliéniste français (1950) ; H. Claude, psychiatre français, membre de l’Académie de médecine (1930)

[H3]