Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine – ancienne version 2020

23739 résultats 

dépression endogène l.f.

endogenous (autogenic, autonomous, endogenic) depression

Dépression d'origine interne, en opposition à psychogène, avec son caractère spontané, inexplicable, immotivé, autonome.
De nombreux critères ont été proposés pour la définir : humeur dépressive vitale, perte de l'intérêt et du plaisir, absence de réactivité émotionnelle, ralentissement psychomoteur ou agitation, anorexie et amaigrissement, perte de libido, signes de dysrégulation des rythmes biologiques (réveil prématuré ou hypersomnie, prédominance matinale des troubles). Certaines formes sont dites délirantes, à thèmes mélancoliques (ruine, culpabilité, syndrome de Cotard), persécutifs, hypocondriaques.
Ce tableau clinique correspond à ceux de dépression avec symptômes psychotiques (CIM.10) ou de type mélancolique (DSM IV) sans que soit utilisé le terme d'endogène, à connotation étiopathogénique.
La dichotomie endogène-psychogène est mise en question, car plus arbitraire et aléatoire qu'on ne l'a longtemps supposé.
La dépression endogène relève d'abord de thérapeutiques biologiques : médicaments antidépresseurs, voire sismothérapie.

J. Cotard, psychiatre français (1880)

Syn. mélancolie

→ endogène

dépression et démence l.f.

depression and dementia

Des symptômes thymiques, dépressifs ou expansifs, peuvent annoncer ou marquer l'évolution de tableaux démentiels, notamment vasculaires et psycho-organiques frontaux.
Tout premier épisode dépressif après 50 ans doit faire rechercher l'existence d'un processus organique sous-jacent.3 La dépression peut aussi réaliser des tableaux cliniques pseudodémentiels réversibles sous l'effet du traitement antidépresseur.
La classification de T. Feinberg et B. Goodman (1984) distinguait quatre types d'intrication dépression-démence.

T. E. Feinberg et B. Goodman, neuropsychiatres américains (1984)

Étym. lat. de : en dehors de ; mens : esprit

→ pseudodémence

dépression et maladie d'Alzheimer l.f.

depression and Alzheimer disease

Un état dépressif peut précéder la maladie d’Alzheimer ou survenir au cours de celle-ci, aggravant brutalement l’état cognitif, thymique et fonctionnel de la personne qui en souffre.
La difficulté du diagnostic de dépression au cours d’une maladie d’Alzheimer confirmée, répondant aux critères diagnostiques DSM IV, est certaine. Au moins trois des symptômes suivants doivent avoir été présents pendant une même période de deux semaines et avoir entraîné un changement notable par rapport au comportement antérieur : humeur dépressive ou diminution des affects positifs, isolement ou retrait social, diminution du sommeil, baisse de l’appétit, instabilité ou modification psychomotrice inexplicable, fatigue ou perte d’énergie, sentiments de dévalorisation, de désespoir, ou culpabilité excessive, pensées de mort ou idées suicidaires récurrentes avec plan précis ou tentative de suicide. L’ensemble de ces symptômes non liés à une médication ou à un événement externe dramatique, provoque chez le malade dément une souffrance cliniquement significative associée le plus souvent à une altération de son comportement dans la vie quotidienne.

A. Alzheimer, neuropsychiatre allemand (1906)

dépression (génétique) l.f.

genetics depression

Le caractère familial des troubles de l'humeur ayant été remarqué depuis longtemps (E. Kraepelin, 1922), le mode de transmission n'est pas connu. L'hypothèse d'une vulnérabilité génétique prédisposante est le plus souvent retenue, la plasticité des systèmes neuronaux rend probables les interactions gènes-environnement.
Deux conceptions s'opposent : analytique et classificatrice, admettant l'hétérogénéité des troubles ; unitaire, renvoyant à une même vulnérabilité génétique quel que soit l'aspect des troubles. Le facteur génétique peut être lié à l'action d'un seul locus ou au contraire à une multiplicité de gènes interagissant entre eux et avec l'environnement.
Le risque dans les familles bipolaires de développer ce trouble est élevé : 20% (population générale : 0,5-1%) ; 10% chez les parents au premier degré d'un sujet unipolaire). De l'ordre de 0,67 entre jumeaux monozygotes, la concordance est moindre chez les dizygotes. Certains résultats indiquent une concordance plus grande chez ces derniers, comparés au reste de la fratrie, suggérant une influence conjointe des facteurs génétiques et environnementaux. Les études d'adoption montrent une importance supérieure des facteurs génétiques dans le trouble bipolaire comparé au trouble unipolaire.
Pour le trouble bipolaire, les résultats les plus valides des recherches de marqueurs génétiques, réalisées par des études d'association ou de linkage, montrent l'existence d'un facteur de susceptibilité à la maladie sur le chromosome X. L'existence d'une liaison génétique avec des marqueurs situés sur le bras court du chromosome 11, à proximité d'un des gènes candidats, celui de la tyrosine hydroxylase, n'a pas été confirmée.

E. Kraepelin, psychiatre allemand (1856-1926)

dépression immunitaire l.f.

immunological depression

→ immunodépression, immunodéficience

dépression majeure unipolaire (épisode de) l.m.

major unipolar depressive episode

Catégorie de troubles dépressifs proposée par le DSM IV américain, qui désigne un ou plusieurs épisodes dépressifs suffisamment caractérisés pour que leur nature pathologique ne puisse être mise en doute. Cette notion exclut tout présupposé étiopathogénique.
L'épisode dépressif majeur peut se présenter : avec ou sans éléments psychotiques (hallucinations ou idées délirantes congruentes ou non congruentes à l'humeur) ; avec ou sans éléments de mélancolie (définis par un niveau d'intensité suffisant et un aspect particulier du vécu). Même dans les cas légers, il doit y avoir une détresse notable ou des retentissements d'ordre social, occupationnel ou autres.
Cet épisode peut être isolé ou suivre une évolution récurrente unipolaire, sans période hypomaniaque ni maniaque, séparée par un ou des intervalles normothymiques. On parle de guérison lorsque la rémission complète a duré, selon certains, au moins huit semaines. L'état dépressif majeur peut évoluer vers la chronicisation si sa durée est égale ou supérieure à deux ans.
Cette affection constitue l'indication commune à tous les médicaments antidépresseurs.

Syn. dépression nerveuse, maladie dépressive

→ dépression saisonnière

dépression masquée l.f.

masked depression

Forme clinique de maladie dépressive se manifestant par des plaintes et des symptômes somatiques ou des aspects psychocomportementaux autres que manifestement dépressifs.
Le diagnostic est possible à condition de savoir identifier les éléments dépressifs sous-jacents aux symptômes les plus évidents. Ceux-ci concernent tous les appareils : cardiovasculaire, respiratoire, génito-urinaire, etc. Les manifestations psychocomportementales les plus fréquentes sont des obsessions, des phobies, des impulsions, des conduites addictives. Chez l'enfant et l'adolescent, il peut s'agir de fugues, troubles des conduites sociales, des comportements alimentaires. Le traitement antidépresseur est le test qui permet de confirmer le diagnostic en cas de succès.
D'autres concepts sont proches : dépression latente, dépression sans dépression, dépression occulte. Au sens strict, équivalent dépressif désigne le cas de troubles en apparence non dépressifs, allergie isolée rebelle aux antalgiques, anxiété, phobie isolées, en fait symptomatiques d'une dépression alors qu'un vécu dépressif sous-jacent ne peut être mis en évidence.

dépression mélancolique l.f.

melancholia

1) Au sens classique de la psychiatrie européenne, accès dépressif de la psychose maniacodépressive.
Celui-ci est caractérisé par une intensité, une acuité particulières et la présence de signes patents dits d'endogénécité : majoration matinale des symptômes, idées délirantes mélancoliques (à thèmes de culpabilité, ruine, dévalorisation), ralentissement psychomoteur manifeste, tristesse profonde, potentiel suicidaire élevé.
Certaines variétés cliniques étaient reconnues : mélancolie simple, anxieuse, agitée, délirante à thèmes de persécution, souriante d'autant plus trompeuse que le risque suicidaire est élevé.
Les termes de dépression endogène, psychotique, sont pratiquement identiques.
2) Au sens de la CIM IO, internationale, et/ou du DSM IV, américain, ensemble sémiologique défini par :
- l'un ou l'autre des symptômes suivants durant la période la plus sévère de l'épisode actuel : perte d'intérêt ou de plaisir pour toutes ou presque toutes les activités ; manque de réactivité aux stimulations habituellement agréables (le sujet ne se sent pas mieux, même temporairement) ;
- quatre (CIM) ou trois et davantage (DSM) de ces critères : tonalité particulière de l'humeur dépressive, ressentie différemment par rapport aux sentiments éprouvés après la perte d'un être cher ; dépression régulièrement plus marquée le matin ; réveil matinal précoce (au moins deux heures avant l'heure habituelle du réveil) ; ralentissement psychomoteur marqué ou agitation ; anorexie ou perte de poids significative ; culpabilité excessive ou inappropriée ; diminution marquée de la libido.

Syn. mélancolie

dépression névrotique l.f.

depressive neurosis, psychoneurotic depression

Ensemble regroupant des symptômes dépressifs d'intensité mineure ou modérée, sensibles à des facteurs environnementaux ou psychoaffectifs, et qui s'oppose aux dépressions endogènes (faible poids des facteurs environnementaux) ou psychotiques (intensité majeure et/ou présence d'éléments psychotiques).
Ces dépressions sont souvent qualifiées de névrotico-réactionnelles pour indiquer la participation des facteurs de personnalité et des évènements de vie négatifs. Pourtant, toutes les tentatives faites pour distinguer les dépressions névrotiques et psychotiques au niveau psychodynamique, phénoménologique et thérapeutique, se sont révélées infructueuses.
Les caractéristiques détaillées par H.S. Akiskal comme propres aux dépressions névrotiques sont : préservation du sens de la réalité, intensité modérée, présence d'autres symptômes névrotiques (obsessions, phobies), origine psychogène, structure de personnalité fragile, prédisposant à la dépression.
Ce type de dépression est sensible aux antidépresseurs. Pour beaucoup de cliniciens, la notion de dépression névrotico-réactionnelle conduit à associer soutien psychothérapique, chimiothérapie et réaménagement des conditions de vie

H. S. Akiskal, psychiatre américain (1973)

Syn. névrose dépressive

→ dysthmie

dépression réactionnelle l.f.

reactive depression

État dépressif directement lié à un évènement objectivement traumatisant, vécu comme tel par le patient, et qui survient rapidement après celui-ci : deuil, abandon, échec sentimental ou professionnel, conflit interpersonnel, etc. En règle, il doit s'estomper avec la disparition de l'évènement déclenchant (sauf à retenir des "rechutes anniversaires" éventuelles).
La notion d'un possible terrain psychique prédisposé doit évidemment être évoquée (dépression névrotico-réactionnelle).
La dépression dite d'épuisement est aussi une situation pathologique secondaire à un stress répété et souvent à une réduction du temps de sommeil : l'expression de "syndrome du pavillon de banlieue" a été proposée pour illustrer ces pathologies dépressives.
Dans le DSM IV, la dépression réactionnelle correspond à la catégorie : troubles de l'adaptation avec humeur dépressive.

→ réaction, réaction névrotique

dépression saisonnière l.f.

seasonal mood disorder

État dépressif qui survient en période hivernale (dépression hivernale) et qui constitue un argument pour la recherche de modifications chronobiologiques susceptibles de sous-tendre le dérèglement de l'humeur.
Il s'agit de femmes surtout jeunes. L'intensité est souvent modérée. Au fil de l'évolution, le caractère saisonnier du trouble s'estompe.
La photophérapie a fait la preuve de son efficacité thérapeutique ; elle est un complément de la chimiothérapie antidépressive.
L'action préventive des thymorégulateurs n'est pas établie.

→ dépression majeure unipolaire (épisode de)

dépression sous-mammaire l.f.

submammary depression

Déformation en creux de la région antérolatérale du thorax sous la région mammaire observée chez les nourrissons et les jeunes enfants hypotoniques.
Bilatérale, souvent asymétrique, elle accompagne une hypotonie de l’abdomen. L’amélioration spontanée est habituelle.

de Quervain (maladie de) l.f.

de Quervain's disease

Inflammation de la gaine synoviale commune aux tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce, au niveau de la styloïde radiale, ténosynovite qui se traduit par des douleurs le long du bord radial du poignet, souvent responsable d’une gêne durable.
La douleur survient surtout chez la femme ou chez des adultes jeunes, ayant surmené leur poignet. Elle s’accompagne parfois d’une tuméfaction allongée verticalement au niveau de la styloïde radiale. L'inclinaison cubitale du poignet, main repliée sur le pouce, réveille la douleur. Le traitement consiste à éviter les gestes déclenchants et à mettre au repos le poignet. Des antiinflammatoires peuvent être associés. L'infiltration locale est rapidement efficace et les récidives sont possibles. Une attelle sera tentée avant la résection chirurgicale de la gaine du tendon.
A ne pas confondre avec la thyroïdite de de Quervain.

F. de Quervain chirurgien suisse (1895)

déradelphe n.m.

deradelphus

Monstre double monocéphale aux deux troncs fusionnés au-dessus de l'ombilic et séparés au-dessous et avec trois ou quatre membres supérieurs et quatre membres inférieurs.

Étym. gr. derê: cou, gorge; adelphos: frère

dérapage des cuillers d'un forceps l.m.

slipping of obstetrical forceps blades

Incident survenant au cours de l'extraction de la tête fœtale par forceps lorsque l'axe des cuillers ne correspond pas au grand axe de la tête fœtale et à l'axe du bassin.
Il survient lors de la première traction, les cuillers glissent et lâchent leur prise céphalique

dératisation n.f.

deratization

Action de supprimer la population des rats d’un site.
Les règlementations urbaines imposent aux particuliers des procédés de dératisation de leurs immeubles, le plus souvent à l’aide de rodenticides. Dans les égouts des grandes villes, la population des rats est contrôlée car les animaux ou leurs parasites peuvent être vecteurs de maladies comme la peste ou la leptospirose.
Le règlement sanitaire international impose la dératisation de tous les navires.

→ rodenticide

Dercum (maladie de) l.f.

Dercum’s disease

F. Dercum, neurologue américain (1888)

→ adipose douloureuse de Dercum

déréalisation n.f.

derealization

Perte du sentiment de réalité et de familiarité du monde environnant, avec impression d'étrangeté et association fréquente d'une atteinte des repères temporospatiaux.
Symptôme constitutif du syndrome de dépersonnalisation.

déréelle (pensée) l.f.

dereistic thought

Pensée du schizophrène, détaché du contact ambiant, autistique (E. Bleuler).
Cette pensée, qui échappe aux exigences de la réalité et aux lois des catégories logiques (causalité, identité, contradictions), est considérée comme dominée par des composantes affectives.
Il s'agit en particulier d'abstractions subjectives formelles et de représentations fantasmatiques sans relation avec l'environnement, et qui peuvent comporter des éléments magiques avec intervention de forces mystérieuses.
En dehors du rêve et des rêveries, il est de fait que ce type de pensée se rencontre essentiellement dans les états schizophréniques.

E. Bleuler, psychiatre suisse (1857-1939)

dérencéphale n.m.

derencephalus

Monstre anencéphale caractérisé par l'absence des os plats du crâne, avec fissure des vertèbres cervicales supérieures ; l'encéphale, réduit à une poche de sérosité, repose entre les vertèbres cervicales ouvertes en arrière.

dérépression n.f.

derepression

Phénomène de levée des mécanismes qui répriment la transcription d'un gène ou d'un ensemble de gènes.

→ transcription

[Q1]

Édit. 2019

dépression immunitaire l.f.

→ immunodépression, immunodéficience

déridage n.m.

lifting

Intervention chirurgicale visant à retendre tout ou partie de la peau du visage pour réduire une ptose cutanée et atténuer les rides.

→ rhytidectomie, ridectomie, lifting facial

dérivation n.f.

diversion,

opération destinée à aboucher l’un dans l’autre deux vaisseaux ou viscères qui ne le sont pas normalement.
Dans le domaine artériel ou cardiaque, on crée un shunt pour soulager une surcharge hémodynamique ou pour améliorer un mélange sanguin.
Il peut être pratiqué des dérivations biliaire, du suc pancréatique », urinaire, et péritonéo-veineuse.


  1. En électrocardiographie,

lead EKG

→ dérivations électrocardiographiques

dérivation biliaire l.f.

bile diversion

Méthode chirurgicale visant à assurer l'écoulement de la bile en dehors des voies naturelles, soit vers l'extérieur, soit vers un autre viscère digestif.
Elle est réalisée chez les malades ayant un obstacle sur les voies biliaires.
Les drainages biliaires externes sont réalisés soit au cours d'une intervention chirurgicale, le plus souvent par un drain en T, soit par voie percutanée transhépatique après repérage des voies biliaires dilatées par échographie, soit par cathétérisme endoscopique de la papille et extériorisation du drain par le nez. En fonction du site de l'anastomose sur la voie biliaire, la dérivation interne est une anastomose cholédocodigestive ou hépaticodigestive, bilioduodénale ou biliojéjunale. Lorsque l'obstacle biliaire est localisé à la partie supérieure du pédicule hépatique, la dérivation biliaire peut être réalisée sur le confluent biliaire supérieur, le canal hépatique gauche ou le canal du segment III dans son trajet intrahépatique superficiel. Ces interventions sont réalisées le plus souvent pour traiter l'ictère et le prurit de malades ayant un rétrécissement biliaire par cancer inextirpable du pancréas ou de la voie biliaire. Plus rarement, une dérivation biliaire peut être faite chez un malade ayant un rétrécissement biliaire au cours d'une maladie bénigne : pancréatite chronique, sténose postopératoire de la voie biliaire principale.

M. Kasai, chirurgien japonais (1951)

Syn. dérivation biliodigestive

→ Kasaï (opération de)

| page précédente | /950 | page suivante